Le problème
La planification de la main-d’œuvre en santé dans les régions rurales et éloignées du Canada est caractérisée par la complexité et la variabilité. Il existe des différences considérables entre les collectivités pour ce qui est des besoins de la population en matière de santé, de la prestation des services, de la capacité de la main-d’œuvre et de l’accès aux soins. L’information relative à la géographie et à la taille de la population ne suffit pas à elle seule à comprendre les réalités locales. De même, les données sur la main-d’œuvre en santé ne permettent pas à elles seules d’orienter clairement la prise de décision. Pour planifier de manière efficace, il faut interpréter les données en fonction du contexte local, de l’expérience vécue et des réalités du système, afin de comprendre pourquoi il existe des différences et quelle est la meilleure façon d’en tenir compte.
Un travail novateur
Le 30 mars 2026, Effectif de la santé Canada a tenu le webinaire Des données aux constats : planification de la main-d’œuvre en santé en régions rurales et éloignées au cours duquel l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) et le gouvernement du Nunavut ont présenté leur point de vue. La séance a mis en évidence l’importance du contexte pour soutenir la planification de la main-d’œuvre dans les collectivités rurales et éloignées. Outre les présentations de spécialistes, le webinaire comprenait un exercice de renforcement des capacités qui invitait les personnes participantes à interagir activement avec les données sur la main-d’œuvre en santé, ce qui créait un espace pour réfléchir aux questions de planification et explorer la manière dont les constats émergent lorsqu’on superpose l’information plutôt que de se fier à des indicateurs uniques.
Vous pouvez visionner l’enregistrement complet ci-dessous et y accéder ici.

Steve Atkinson, directeur, Analyse locale,
Institut canadien d’information sur la santé
- Il a présenté des ressources de planification communes élaborées par l’ICIS pour soutenir la prise de décision dans les systèmes de santé, avec une attention particulière pour les systèmes en région rurale.
- Il a insisté pour dire que les données ne sont pas les seules à intervenir dans la prise de décision des systèmes de santé et qu’elles doivent être prises en compte dans la planification au même titre que d’autres facteurs.
- Il a expliqué que la géographie et la taille de la population sont couramment utilisées pour définir les régions rurales, mais que ces éléments sont insuffisants pour bien comprendre la réalité.
- Il a souligné que des régions rurales qui paraissent semblables à première vue peuvent en fait être très différentes en ce qui concerne la santé de la population, la prestation de services et la performance des systèmes.
- Il a fait remarquer que les solutions conçues pour les milieux urbains ne sont pas nécessairement facilement transposables dans les milieux ruraux, en partie en raison des variations considérables entre les collectivités dans ces milieux.
- Il a décrit la manière dont le groupe consultatif sur la santé en milieu rural de l’ICIS a cerné les défis récurrents en matière de planification des systèmes de santé en région rurale, ce qui a permis d’élaborer les outils de planification en région rurale de l’ICIS.
- Il a présenté le Modèle des systèmes de santé en région rurale* comme un outil d’appui à la prise de décision et à la réflexion destiné à aider les responsables de la planification à réfléchir aux variations entre les milieux ruraux et a décrit comment le modèle met en évidence les facteurs liés au système de santé et au contexte communautaire qui influencent la santé de la population, l’utilisation du système de santé et la performance.
- Il a présenté le Guide d’aide à la décision pour les services de santé en milieu rural, qui a été conçu pour faciliter les décisions relatives à la mise en place, à l’abandon ou à la reconfiguration de services de santé, en particulier dans les régions rurales où les capacités de planification sont limitées.
- Il a présenté et expliqué la Série Mesures contextuelles liées aux systèmes de santé comme une ressource qui rassemble de multiples indicateurs pour faciliter l’interprétation et aider les responsables de la planification à passer de la compréhension de ce qui se passe à la recherche du pourquoi, en précisant que la série est structurée par province et par territoire et qu’elle est destinée à être utilisée parallèlement à d’autres renseignements.
- Il a communiqué le plus récent profil de région rurale et éloignée, en soulignant son rôle dans la mise en évidence des variations entre les provinces et territoires et dans la promotion de discussions de planification plus éclairées et tenant compte du contexte.
* Ressource complémentaire citée dans le cadre de ce travail : Ressources d’aide à la décision de l’ICIS pour les services de santé en milieu rural

Jennifer Berry, sous-ministre adjointe, Opérations,
pour le gouvernement du Nunavut
- Elle a décrit le contexte du système de santé du Nunavut, notamment les collectivités éloignées accessibles par avion, les multiples fuseaux horaires et la dépendance à l’égard des soins hors territoire, en soulignant que la distance, les contraintes de déplacement et les possibilités limitées de formation locale rendent difficile la planification de la main-d’œuvre et que les outils de planification conçus pour les systèmes en milieu urbain ne sont pas adaptés à cette réalité.
- Elle a expliqué le besoin d’outils qui fonctionnent avec des données limitées, qui reflètent la voix des collectivités, qui soutiennent les petites équipes, qui s’adaptent rapidement aux pénuries et au roulement de personnel et qui soutiennent les cheminements de carrière des Inuits.
- Elle a présenté un virage s’éloignant d’une planification fondée sur les postes vacants, en décrivant deux approches complémentaires en cours :
- Une initiative de planification globale et structurée fondée sur les besoins de la collectivité, élaborée avec l’Université Dalhousie. Ce travail commence par des évaluations des besoins de la collectivité en matière de santé qui combinent des données administratives, des indicateurs de santé de la population et un engagement communautaire afin de déterminer les services que les collectivités devraient recevoir et les compétences requises pour les fournir.
- Une approche qui fonctionne à l’échelle du centre de santé communautaire et utilise les données existantes sur l’utilisation, l’enregistrement, les déplacements pour raison médicale et les évacuations par avion sanitaire. Jennifer a insisté sur le fait que cette approche permet d’avancer dans la planification sans attendre des « données parfaites » et montre que des solutions efficaces peuvent être trouvées quand on commence de façon plus modeste.
- Elle a souligné l’utilisation de la planification de la main-d’œuvre fondée sur les fonctions dans les deux approches, où les programmes sont décomposés en fonctions et tâches précises afin de déterminer qui peut effectuer le travail en toute sécurité, y compris différentes professions et paraprofessionnelles et paraprofessionnels, soulignant l’importance d’examiner les tendances nationales dans l’offre de main-d’œuvre afin de faire en sorte que les nouveaux modèles soient durables et ne créent pas de pénuries à l’avenir.
- Elle a donné des exemples concrets d’application, notamment l’intégration de personnel paramédical dans les soins primaires, la planification de l’intégration de thérapeutes respiratoires pour soutenir la prise en charge de la MPOC et de l’asthme et le développement de personnel paraprofessionnel, comme des techniciennes et techniciens en radiologie de base et des agentes et agents de santé publique, pour combler les lacunes dans les services.
- Elle a souligné l’importance de ne pas rendre la planification de la main-d’œuvre trop compliquée et de commencer avec les données et les capacités à disposition.

Amanda Tardif, responsable de programme,
Effectif de la santé Canada
Elle a animé un volet sur le renforcement des capacités axé sur la manière dont les responsables de la planification peuvent transformer les données aux constats en soulignant que les questions de planification à l’échelle locale ne correspondent pas toujours à la manière dont les données sont présentées dans les outils existants. Elle a aussi ajouté que les données de base provenant des Tableaux de bord d’Effectif de la santé Canada et des produits de l’ICIS peuvent servir de point de départ.
- Elle a souligné que les données initiales soulèvent souvent de nouvelles questions plutôt que d’apporter des réponses directes.
- Elle a guidé les personnes participantes dans un exercice interactif utilisant les tableaux de bord d’Effectif de la santé Canada et les produits de l’ICIS pour montrer comment la compréhension émerge de la superposition de plusieurs sources de données et de l’interprétation de l’information parallèlement aux données qualitatives, au contexte politique et aux connaissances locales.
- Elle a présenté les rapports Des données aux aperçus d’Effectif de la santé Canada et indiqué que d’autres ateliers plus ciblés auront lieu plus tard dans l’année pour approfondir cette approche et aider les responsables de la planification à utiliser les données et les outils de planification d’Effectif de la santé Canada.
Principaux points à retenir
- Le webinaire a renforcé l’idée qu’une planification efficace de la main-d’œuvre en santé en région rurale et éloignée dépend d’une interprétation qui tient compte du contexte et qu’il faut éviter de se fier à des points de données isolés.
- Les données et les outils de planification sont les plus utiles lorsqu’ils sont utilisés comme points de départ et interprétés en fonction du contexte local, de l’expérience vécue et des réalités du système.
- Les approches axées sur les besoins de la collectivité, les compétences requises et la durabilité – plutôt que sur les seuls postes vacants – tiennent mieux compte des réalités des soins en région rurale et éloignée, faisant en sorte que la planification soit en phase avec les priorités locales.
- Un message central a été mis de l’avant tout au long de la séance, soulignant l’importance de ne pas trop compliquer la planification de la main-d’œuvre, mais plutôt de commencer avec les données et les capacités à disposition et d’élaborer des solutions adaptées au contexte local plutôt que d’adopter des approches conçues pour d’autres contextes.