Des soins primaires dispensés en équipe – Passer de vase clos à synergie

Des soins primaires dispensés en équipe – Passer de vase clos à synergie

TBPC CAF

Partout au Canada, les soins primaires dispensés en équipe prennent forme de différentes façons, afin de répondre aux besoins de la population. Lors d’un atelier dans le cadre d’Effectif de la santé Canada Ensemble pour la santé 2025, nous avons entendu des personnes évoluant dans divers milieux qui étaient enthousiastes de partager leurs expériences.

Ce que nous avons appris de ces personnes : 

  • les modèles efficaces de soins dispensés en équipe s’adaptent aux contextes locaux tout en conservant les principes fondamentaux; 
  • l’intégration de prestataires de soins de santé interprofessionnels améliore l’accès et renforce l’efficacité du système; 
  • les soins virtuels permettent d’étendre aux communautés rurales et isolées les approches fondées sur le travail d’équipe; 
  • l’intégration culturelle est essentielle, en particulier dans les contextes autochtones.
     

Gestion de la hiérarchie 

En ce qui concerne la dynamique de pouvoir dans les soins dispensés en équipe, le capitaine Nick Gauthier, directeur – Services généraux, Services de santé des Forces canadiennes, Forces armées canadiennes, a décrit le leadership dans les services de santé des Forces canadiennes comme étant adapté aux situations, les membres de l’équipe assumant un rôle de leadership en fonction de la situation plutôt qu’en fonction du grade uniquement. Il a souligné l’importance de la capacité à passer d’un rôle de leadership à un rôle de soutien, c’est-à-dire que les leaders doivent savoir quand suivre. 

Shelly McLean, directrice des services de santé, Lennox Island, First Nations Health Managers Association, a décrit son approche comme étant similaire au « consensus familial », où chaque voix compte et où les décisions sont prises dans le respect. Le leadership se déplace vers la personne qui détient les connaissances les plus pertinentes pour une situation donnée. 

Champ d’exercice  

Des personnes qui ont pris la parole lors de l’atelier ont expliqué comment respecter les champs d’exercice professionnels tout en favorisant la collaboration et le plein exercice des compétences. Le Dr Josh Greggain, directeur du programme de résidence en médecine familiale de l’Université de la Colombie-Britannique, a expliqué que, du point de vue d’un généraliste en milieu rural, il est essentiel de faire preuve d’« humilité professionnelle » et de déléguer certains volets des soins à des membres de l’équipe possédant l’expertise requise, comme les sages-femmes ou les physiothérapeutes. 

Emily Stevenson, physiothérapeute agréée, directrice de la pratique et de la politique, Ontario Physiotherapy Association, a souligné que l’optimisation du champ d’exercice de l’ensemble des membres de l’équipe est une valeur ajoutée qui améliore l’accès. Elle a insisté sur l’importance de la communication, du partage des dossiers médicaux électroniques et de la clarté des rôles. 

Comment mettre à l’échelle les soins primaires dispensés en équipe? 

La mise à l’échelle des soins primaires dispensés en équipe a été un sujet central. Le Dr Greggain a souligné l’importance du dialogue et de la compréhension des besoins de la communauté en premier lieu. Il a décrit comment les services de soutien virtuels se sont développés en répondant à des besoins émergents plutôt qu’en suivant un plan stratégique prédéterminé. 

Mme McLean a expliqué que la culture doit constituer la base des soins, et que les modèles doivent s’adapter aux enseignements et aux cérémonies. Elle a souligné l’importance d’établir un climat de confiance, de reconnaître qu’une approche unique ne convient pas à tout le monde et d’investir dans ce qui fonctionne déjà bien. 

Approches autochtones  

Mme McLean a décrit le Nepisimkuo’kom (un lieu de guérison) de la Première Nation de Lennox Island, et la façon dont le centre de médecine de famille intègre la culture Mi’kmaq, les médecines traditionnelles et les soins centrés sur la communauté. Elle a fait remarquer que les Premières Nations ont toujours adopté une approche de travail d’équipe, bien avant l’apparition du concept de centre de médecine de famille. 

Elle a expliqué que les Premières Nations visent à créer des espaces sûrs pour les soins, dans le respect de la culture et des cérémonies traditionnelles, doublés d’une structure d’équipe fondée sur les clans – un cercle interrelié qui soutient l’ensemble du clan et toute la communauté. Selon Mme McLean, le leadership et la vision communautaires sont les facteurs déterminants d’une mise en œuvre réussie. 

État de préparation du système de santé militaire  

Le capitaine Gauthier a présenté les services de santé des Forces canadiennes comme le « 14e système de santé » au Canada et en a décrit le domaine de responsabilité ainsi que les capacités. Il a attiré l’attention sur l’évolution de la situation géopolitique et la possibilité d’une escalade rapide des besoins en ressources liées aux soins de santé. 

Il a décrit des exercices visant à mettre à l’essai la capacité des systèmes de santé provinciaux à prendre en charge un grand nombre de personnes blessées (300 polytraumatisés par jour pendant 30 jours), et a souligné la nécessité de mettre en place des cellules de coordination aux échelles nationale et provinciale. Il a insisté sur l’effet dissuasif de l’état de préparation médicale et sur l’importance de se préparer avant que les crises surviennent. Selon lui, l’état de préparation du système de santé militaire a des répercussions sur les systèmes civils, et les systèmes de gestion des flux de bénéficiaires sont essentiels pour les interventions en cas de grand nombre de personnes blessées. La collaboration entre les systèmes de santé militaires et civils est essentielle. La préparation doit avoir lieu avant que les crises surviennent, et non pendant celles-ci. 

Soins virtuels  

Le Dr Greggain a décrit l’évolution des soins virtuels, depuis les premiers appareils Cisco jusqu’aux services d’assistance virtuels en temps réel par Zoom offerts dans toute la Colombie-Britannique. Il a expliqué comment ces services permettent aux prestataires de soins en milieu rural d’être mis en contact avec des spécialistes pour les soins d’urgence, les services de maternité et les cas complexes. Il a donné des exemples de soutien virtuel apporté à des prestataires de soins en milieu rural pour réaliser, entre autres, des sutures, des cardioversions et des accouchements lorsque les gens ne pouvaient pas se déplacer. 

Il a montré que la technologie permet de transporter l’expertise vers la clientèle ambulatoire plutôt que de demander à la clientèle de se déplacer. En parallèle, il demeure essentiel de tisser des relations, même dans des contextes virtuels. 

Rôles des équipes interprofessionnelles dans les soins primaires  

Selon Mme Stevenson, de 20 à 30 % des consultations en soins primaires en Ontario concernent des problèmes musculosquelettiques. Les physiothérapeutes qui travaillent au sein d’équipes de soins primaires accompagnent les gens tout au long de leur vie et soutiennent la prise en charge des problèmes musculosquelettiques, neurologiques, cardiorespiratoires et métaboliques. Dans le modèle du physiothérapeute comme premier point de contact, les physiothérapeutes agissent comme première ressource pour les problèmes musculosquelettiques, ce qui entraîne une diminution documentée de l’imagerie diagnostique, des consultations avec des spécialistes, des congés de maladie et des ordonnances de médicaments. 

Financement  

En ce qui concerne le financement, Emily Stevenson a mis en lumière la valeur des modèles de salariés pour les prestataires de soins interprofessionnels dans les équipes de soins primaires de l’Ontario, qui permettent à ces derniers de fournir un niveau de soins adéquat selon les besoins de la patientèle plutôt qu’en fonction de quotas de consultations. 

Le Dr Josh Greggain a décrit le modèle longitudinal de soins en médecine familiale de la Colombie-Britannique, selon lequel les médecins sont rémunérés pour leurs interactions avec les bénéficiaires et pour le temps passé avec les équipes interprofessionnelles, un modèle hybride qui concilie volume et interprofessionnalisme. 

Actions 

Quelles mesures pouvons-nous prendre à la lumière des enseignements de cet atelier? 

  1. Innover dans les modèles de financement pour soutenir les soins primaires dispensés en équipe. 
  2. Collaborer avec les universités pour développer des compétences en matière de soins dispensés en équipe. 
  3. Exploiter les données pour documenter la composition et la planification des équipes. 
  4. Définir et partager les pratiques exemplaires dans le domaine des soins dispensés en équipe. 
  5. S’engager dans des communautés de pratique axées sur les soins dispensés en équipe. 
  6. Explorer les occasions de mettre en place des fonctions de première ligne pour les prestataires de soins de santé interprofessionnels.  
  7. Réfléchir à la manière d’aborder les dynamiques de pouvoir dans les structures d’équipe existantes.