Respect, dignité et sécurité
Devant une salle remplie de leaders et de travailleuses et travailleurs de première ligne du secteur de la santé, Deb Gordon, ancienne présidente-directrice générale par intérim, Effectif de la santé Canada, et Michael McMillan, président-directeur général, Association des employeurs du secteur de la santé de la Colombie-Britannique, ont animé un atelier inspirant intitulé Sécurité de la main-d’œuvre en santé : stratégies pour des environnements de travail sécuritaires et le bien-être du personnel, durant le colloque Ensemble pour la santé 2025. L’objectif? Favoriser une culture dans laquelle le respect, la dignité et la sécurité ne sont pas seulement des idéaux, mais des réalités quotidiennes pour la main-d’œuvre en santé. « Le bien-être du personnel est essentiel pour fournir des soins de qualité à la patientèle », ont-ils souligné.
Sous les apparences, la complexité
La sécurité au travail en santé est une question complexe qui englobe les risques physiques, le stress psychologique et le poids de la culture organisationnelle. Les participantes et participants ont été encouragés à voir au-delà des apparences et à envisager tous les fondements du bien-être. À chaque table, les mêmes questions ont été soulevées : La violence au travail est-elle en hausse? Que peuvent faire la direction? La complexité des réponses reflète celle des problèmes.
Les chiffres parlent
Lorsque Michael McMillan, président-directeur général, Association des employeurs du secteur de la santé de la Colombie-Britannique, a présenté des données de WorkSafeBC, le silence s’est installé dans la salle. Les demandes d’indemnisation pour des blessures corporelles liées à la violence parmi le personnel de santé ont doublé par rapport à d’autres secteurs. Les travailleuses et travailleurs en soins actifs et de longue durée, qui constituent seulement 5 % de la main-d’œuvre, représentaient plus d’un tiers de ces réclamations.
Le coût? Un montant astronomique de 61 millions de dollars en 2024, soit une augmentation de 85 % en cinq ans. Les blessures psychologiques causées par la violence ont entraîné un congé moyen de 217 jours, bien plus long que les congés liés aux blessures physiques seules. Mais il y a aussi une bonne nouvelle : le secteur des soins d’urgence préhospitaliers a réduit de 50 % le nombre d’incidents grâce à un leadership fort et à une formation ciblée.
Présentation du Tableau de bord national pancanadien des données
Après l’exposé des données de la Colombie-Britannique, Effectif de la santé Canada a présenté l’un de ses modules de tableau de bord pancanadiens conçus pour intégrer de multiples sources de données liées au bien-être de la main-d’œuvre en santé. Ces tableaux de bord fournissent de l’information sur le bien-être des fournisseurs et les blessures, ainsi que des données accessibles et utilisables qui permettent aux utilisatrices et utilisateurs de mettre en évidence les points à améliorer. Les personnes participantes ont été invitées à explorer le tableau de bord, à cerner des domaines méritant une attention particulière et à faire part de leurs idées quant aux prochaines étapes pour améliorer le bien-être du personnel.
Derrière les données, la dimension humaine
La suite de l’atelier a été consacrée aux récits individuels. Une personne exerçant la médecine familiale a évoqué le décalage démoralisant entre ses responsabilités élevées et sa faible maîtrise des situations. Du côté du personnel infirmier, on a souligné le besoin de données plus détaillées sur l’intelligence émotionnelle et la conscience situationnelle, qui pourraient mieux protéger le personnel contre la violence. WorkSafeBC a présenté des études de cas anonymisées sur les blessures physiques, le trouble de stress post-traumatique et les effets à long terme des préjudices psychologiques. Des thématiques récurrentes ont émergé : crainte de signaler les problèmes, méfiance envers les processus de retour au travail et incohérence des protocoles de sécurité. Le coût humain de ces situations est indéniable.
Les mesures audacieuses de Sunnybrook
Kristen Winter, vice-présidente directrice, Programmes, effectifs et direction au centre des sciences de la santé Sunnybrook de Toronto, a décrit un changement d’approche à l’égard des patientes et patients ayant un comportement violent dans la salle des urgences. Sunnybrook a donné aux équipes cliniques le pouvoir de renvoyer chez eux les patientes et patients et les membres de leur famille qui manifestent des comportements irrespectueux lorsque cela ne présente aucun risque sur le plan médical.
Cette politique, fruit d’une collaboration avec du personnel de santé de l’hôpital et les syndicats, a été combinée à des interventions, dont une surveillance de sa mise en œuvre et la création de comités dédiés à la santé et la sécurité, à la violence au travail, au conseil médical et au bien-être. Le personnel et les médecins ont reçu du soutien sous forme de formations tenant compte des traumatismes, qui incluaient un bilan de chaque situation. Les inquiétudes du personnel ont laissé place à une appréciation des nouvelles mesures de sécurité, notamment la formation continue et les bilans, qui sont désormais la norme.
Providence et St. Paul’s : confiance et soins tenant compte des traumatismes
Norm Peters, Conor MacPhee et Amanda Weatherston, membres des directions de Providence Health Care et du St. Paul’s Hospital, à Vancouver, ont fait part de leur expérience. Au service d’une population diversifiée du centre-ville, St. Paul’s est confronté à d’importants défis de sécurité.
La direction humble, prête à prendre des risques, qui appuie et écoute réellement le personnel de première ligne, a adopté plusieurs mesures au sein du service des urgences avant de les étendre à la médecine, par exemple : limiter l’accès aux portes du service des urgences, procéder à un contrôle volontaire des armes pour toutes les personnes entrant dans le service des urgences et intégrer des agents de sécurité relationnelle aux opérations cliniques afin de soutenir une approche proactive et collective visant à atténuer la violence et l’agressivité.
Le personnel de sécurité porte des vêtements non intimidants et reçoit une formation sur le bien-être et l’équité des Autochtones. De nouveaux rôles, tels que celui d’infirmière clinicienne enseignante ou d’infirmier clinicien enseignant chargé spécifiquement de la sécurité au sein du service des urgences et celui d’agent de soutien à la sécurité, fournissent un appui continu au personnel et à la patientèle. La collaboration avec le personnel, la police et les agents de liaison culturels renforce la confiance et la qualité des soins. Les services et programmes de prévention des overdoses sur place, qui offrent des espaces sûrs à proximité du site, ont amélioré la sécurité encore davantage.
Réflexions des leaders : obstacles et avancées
Les discussions en table ronde ont révélé les obstacles à un leadership sûr : contraintes en matière de ressources, différences culturelles et crainte de représailles. Pourtant, le message était clair : il est essentiel d’écouter le personnel de première ligne et d’instaurer un climat de confiance. De petits changements progressifs qui répondent aux besoins du personnel et des médecins peuvent entraîner des améliorations considérables. Les données peuvent et doivent être utilisées de manière proactive pour gérer les risques. La collaboration entre les employeurs, les syndicats, le personnel, les médecins et la patientèle constitue le fondement d’un changement durable.
En conclusion : le changement demande de l’engagement
Deb Gordon et Michael McMillan ont conclu l’atelier par une citation inspirante de la Dre Nadine Kiran : « On ne peut se contenter d’attendre le changement, car lui n’attend que nous-mêmes. »
La dimension humaine derrière les données est primordiale. Nous avons une responsabilité collective claire dans la promotion de milieux de travail en santé sûrs et axés sur le soutien. Avec un leadership audacieux mais humble et un personnel engagé, un changement significatif est non seulement envisageable, mais aussi réalisable.